La mutualisation des ressources au service d’une logistique plus écologique

23 juin 2026

Les expéditions groupées sont l’une des nombreuses pratiques de logistique verte

DOSSIER LOGISTIQUE
Niklas Hall Simm

Comme c’est le cas dans d’autres secteurs, les activités logistiques doivent devenir plus écologiques afin de répondre aux contraintes réglementaires, à la législation et aux futures attentes des consommateurs.

La mise en œuvre de pratiques logistiques vertes doit être encouragée par les acteurs de la chaîne d’approvisionnement les plus influents en matière de performance environnementale. Toutefois, les défis associés à cette transformation varient selon la place occupée dans la supply chain. Les prestataires de services logistiques, par exemple, peuvent adopter des pratiques durables pour répondre aux attentes de leurs clients. La nature interorganisationnelle des chaînes d’approvisionnement, où chaque acteur dépend à la fois des capacités des fournisseurs et de la demande des consommateurs, place la collaboration et les interactions au cœur de la transition vers des activités plus écologiques.

Les services fournis par les prestataires logistiques dépendent des moyens dont ils disposent. Or comme la plupart des acteurs de la chaîne d’approvisionnement opèrent avec des ressources limitées, ils ont souvent tendance à privilégier la rentabilité au détriment de la performance environnementale. Cette étude vise à comprendre comment la collaboration et la mutualisation des ressources peuvent renforcer l’engagement en faveur d’une logistique verte et favoriser le développement durable.

Les échanges enrichissent les ressources des acteurs concernés

Interaction et dépendance vis-à-vis des ressources

On peut distinguer deux grandes catégories de pratiques écologiques dans le domaine de la logistique : celles liées à l’implantation de technologies et celles concernant des changements structurels.

  • Implantation de technologies. Il s’agit notamment de pratiques écologiques telles que celles liées à l’automobile et aux carburants alternatifs.
  • Changements structurels. Ces pratiques concernent l’organisation des transports ainsi que la conception des systèmes logistiques.

Les interactions entre les différents acteurs, tels que les prestataires de services logistiques ou les transporteurs, sont essentielles, dans la mesure où elles favorisent le partage de connaissances nécessaires à la mise en œuvre de pratiques durables.

De son côté, la théorie de la dépendance aux ressources explique pourquoi les acteurs de la chaîne d’approvisionnement doivent interagir entre eux pour être plus respectueux de l’environnement. Le degré de dépendance entre les organisations repose sur trois paramètres :

  1. L’importance de la ressource, c’est-à-dire dans quelle mesure elle est rare ou difficile à obtenir.
  2. Le pouvoir discrétionnaire, c’est-à-dire la capacité d’un acteur à contrôler l’accès à la ressource et à en garder le contrôle.
  3. La disponibilité d’alternatives, autrement dit la possibilité pour un acteur de se procurer des ressources auprès d’autres sources.

Pour gérer cette dépendance, les organisations peuvent mettre en commun leurs ressources afin de réaliser des bénéfices réciproques.

Les organisations doivent interagir entre elles pour parvenir à une logistique plus verte

Pratiques de logistique verte

Cette recherche porte sur le partage des ressources entre deux organisations, à partir d’une étude de cas. Elle analyse les efforts de collaboration entre un expéditeur (en tant que propriétaire des marchandises) et un prestataire de services logistiques fortement implanté en Suède. Les deux parties cherchaient à améliorer leur performance en matière de durabilité.

L’expéditeur disposait d’un entrepôt, mais confiait l’expédition des marchandises à destination de ses clients en Suède et au Danemark à un prestataire logistique. Les deux entreprises considéraient l’interaction avec d’autres acteurs comme un levier pour atteindre leurs objectifs environnementaux récemment définis. L’étude a porté sur plusieurs pratiques de logistique verte, notamment la transition vers des camions électriques, l’amélioration des taux de remplissages des remorques, les livraisons directes aux clients par des fournisseurs à fort volume, le regroupement des expéditions à faible volume et la mise à disposition de créneaux horaires de livraison.

Transition vers des camions électriques

Les deux organisations ont reconnu le potentiel de l’électricité pour assurer l’acheminement des remorques sur de courtes distances, notamment entre l’entrepôt de l’expéditeur et le centre de distribution du prestataire logistique. Elles ont également fait part de leur volonté de mettre en place l’infrastructure nécessaire à la recharge des véhicules, et ont envisagé d’impliquer d’autres transporteurs de la région et d’associer la municipalité en tant que partenaire.

Amélioration des niveaux de service

Dans l’optique d’améliorer le taux de remplissage des véhicules et de respecter la réglementation, le recours à des remorques à deux étages a été envisagé. Actuellement, la réglementation prévoit une limite de hauteur pour le chargement de ces camions pour préserver la sécurité et la santé des opérateurs. Grâce à ce type de remorques, il est possible de se conformer à la réglementation tout en augmentant le taux de remplissage des véhicules.

Livraison directe au client par des fournisseurs gros volumes

Les marchandises fournies à l’expéditeur étaient en grande partie livrées à des clients situés dans la même région. Les entreprises concernées par l’étude de cas ont donc examiné deux possibilités écologiques. La première consistait à équiper le fournisseur de systèmes et de compétences techniques pour gérer les livraisons, tout en conservant le contrôle opérationnel chez l’expéditeur. La seconde option consistait à lui fournir ces outils tout en exploitant ses centres de distribution comme entrepôts régionaux.

Regroupement des expéditions

Cette pratique de logistique durable consiste, pour le prestataire de services logistiques, à assurer des livraisons groupées pour plusieurs partenaires commerciaux de l’entreprise. Ces livraisons seraient effectuées lors du ramassage des colis sortants chez l’expéditeur, une opération qu’il effectue déjà quotidiennement. Le prestataire a souligné la nécessité d’améliorer les échanges d’informations avec les tiers, étant donné que cette pratique aurait une incidence sur ses itinéraires et ses opérations quotidiennes. De son côté l’expéditeur a reconnu que le regroupement des marchandises serait bénéfique, tant sur le plan économique qu’écologique, pour tous les acteurs concernés.

Choix des créneaux horaires de livraison

Lors de l’étude, seuls certains acheteurs pouvaient choisir des créneaux horaires de livraison prédéfinis. Pour cette raison, l’expéditeur et le prestataire logistique ont envisagé de développer cette pratique, afin de regrouper les expéditions et d’optimiser la planification des transports. Cela impliquerait toutefois, pour l’expéditeur d’adapter ses processus de gestion des commandes à ces créneaux horaires, tandis que le prestataire pourrait être amené à mobiliser des ressources supplémentaires pour respecter les délais.

Pratiques de logistique verte

L’importance des connaissances

Dans cette étude de cas, les connaissances sont essentielles et leur partage permet de mutualiser les ressources et de stimuler le développement. Les paires vendeur-fournisseur capables de mettre en commun leurs connaissances réussissent mieux à mettre en œuvre des pratiques logistiques écologiques. Les deux parties doivent donc échanger leur savoir-faire et faire appel à des tiers, par exemple pour lancer des initiatives durables nécessitant des technologies.

Les acteurs de la supply chain ne peuvent pas devenir eux-mêmes entièrement écologiques

Le partage des connaissances ne comporte qu’un faible risque car, contrairement aux ressources financières ou au temps investi, les connaissances ne s’épuisent pas une fois utilisées. Pour faciliter cet échange, la confiance joue un rôle déterminant et est le fruit d’interactions à long terme.

Implications pratiques pour les professionnels

Les organisations doivent interagir entre elles pour parvenir à une logistique verte. L’étude montre que le partage constitue un élément central permettant aux entreprises de la chaîne d’approvisionnement de développer leurs ressources.

Les fournisseurs de technologie constituent une source de connaissances

Concrètement, cela signifie que les professionnels doivent accorder de la valeur aux ressources non financières, tout en cherchant un moyen de les mutualiser afin de créer de la valeur et de promouvoir des pratiques logistiques éco-responsables. Il est en effet difficile pour les acteurs de la chaîne d’approvisionnement d’atteindre individuellement un niveau de durabilité optimal.

Enfin, il est pertinent de prendre en considération des partenaires potentiels au-delà de ceux directement impliqués. Autrement dit, les prestataires logistiques et les expéditeurs ne doivent pas se limiter à leur partenariat, mais doivent également s’ouvrir aux clients, à d’autres distributeurs ou à d’autres acteurs concernés avec lesquels ils peuvent interagir et partager des ressources. En élargissant la portée de leurs projets, les entreprises multiplient les opportunités de mettre en œuvre des pratiques de logistique verte.


Auteur de la recherche :

Niklas Hall Simm. Professeur assistant au département de management et d’ingénierie de l’université de Linköping, Suède.


Publication originale :

Simm, N. Greener logistics through resource sharing — A resource dependency lens on supply chain interaction. Research in Transportation Business & Management, Vol 61. Elsevier Ltd. (2025).

© 2025 The Author. Published under CC BY 4.0 license.

L’auteur de cet article tient à remercier Vinnova, l’Agence suédoise de l’innovation, pour le financement de cette recherche (numéro de référence : 2019-03180).